Tirages photo

Ces photos ont été prises au champ, par une belle journée d'août, à l'été 2019. C'est un instant de la vie de la ferme : la lumière de ce jour-là, les fleurs de ce jour-là, les insectes qui ont volé ou rampé près de nous ce jour-là. Les arrangements floraux, les prises de vues : tout a été fait en plein air, sous le soleil, avec le vent, dans le chaud.

À la ferme florale Plein Air, tout est fait à la main, la lenteur n'est pas lenteur, elle est juste acceptée comme le temps nécessaire aux choses et aux êtres. De la graine à la fleur passent en moyenne neuf mois – certaines plantes mettent même plusieurs années avant de fleurir pour la première fois. J'ai voulu intégrer bouteilles de préparations fermentées (purins végétaux, cultures de micro-organismes) et outils à main (griffes, sarcloir à fil, grelinette, sacs de lestage) dans les arrangements, car eux aussi font partie de la vie de la ferme.

Ce jour-là, le photographe Aldo Paredes Orejuela a pris le parti de travailler de façon très traditionnelle avec un Mamiya RB67, un appareil japonais moyen format des années 1970, et des pellicules diapositives – japonaises elle aussi – Fuji Provia 100F, pour capter au mieux la lumière naturelle et ses variations, et travailler avec le risque et le rythme de l'analogique.

Ces compositions libres d'ikebana (l'art floral japonais, une pratique multiséculaire historiquement très liée au bouddhisme, et qui donne à voir la fugacité de toute forme de vie) composées en marchant dans le champ et en choisissant soigneusement chaque tige, sont d'éphémères mises en volume de cette idée que j'aime tant en biodynamie : concevoir la ferme comme un organisme, une entité autonome et individualisée, un tout rassemblant végétal (les fleurs), animal (les insectes), humain (les outils), minéral (les contenants en céramique, en verre, en plastique : des matériaux tous dérivés de ressources extraites de la terre), et astral (la lumière du soleil et le procédé même de la photographie – "l'écriture de lumière").